Merci patron ! Quel plaisir de travailler pour vous!

Vendredi 24 mars, une cinquantaine de personnes se sont réunies dans la salle Chassiron de l'espace Crépeau de Nieul-sur-Mer pour voir ou revoir le film Merci Patron ! césarisé de François Ruffin (fondateur du journal Fakir et candidat titulaire aux législatives de la Somme soutenu entre autre par la France Insoumise). La soirée a été organisée par les insoumis.e.s de Nieul, de l'Houmeau et Esnades et animée par Jose Da Cunha et Patrice Leroux. Ce film documentaire, sorti il y a un peu plus d'un an alors que de nouvelles formes de manifestations citoyennes émergeaient, comme "Nuit Debout",  interroge sous un jour nouveau la lutte des classes : précariat contre haute finance.

 

L'individu et l'humain remis au cœur de la lutte sociale

 

Merci Patron ! c'est l'histoire d'une revanche individuelle sur le monde sans pitié de la haute finance. Pendant près d'une heure trente, le spectateur est plongé dans la rencontre de deux univers aux logiques totalement opposées : les réunions des actionnaires du Groupe Arnaud (qui possède LVMH, Christian Dior, plusieurs médias français etc.), holding pesant quelques dizaines de milliards et le quotidien d'un couple d'anciens employés sans emploi depuis 5 ans survivant de minima sociaux de l'usine LVMH de Poix-du-Nord qui a été délocalisée en Pologne. François Ruffin et l'équipe de Fakir proposent de renouer le dialogue social et pour cela, une seule solution, acquérir des petites actions du groupe pour pouvoir se rendre avec une ancienne déléguée syndicale CGT, des ex-employé.e.s de la Samaritaine, à l'assemblée générale de LVMH à Paris. Il faut sauver les Klur et mettre à jour les rouages des grands groupes près à tout pour sauvegarder leur image. Comique de situation, scènes intimes, caméras cachées, rappels en images façon Pierre Carles, ce documentaire rend compte de l'immense fossé séparant les très riches des très pauvres, des préjugés et des incompréhensions qui résistent à la fracture sociale. 

 

"Vous êtes l'exception qui confirme la règle".

 

François Ruffin propose donc aux Klur d'envoyer une lettre à Bernard Arnaud afin de lui réclamer les emplois qu'il avait promis et de l'aide financière pour pouvoir conserver la maison. La réponse se fera par l'envoi d'un agent de sécurité, lucide sur ce genre de pratiques : "Vous êtes l'exception qui confirme la règle. Il ne faut pas aller le répéter autour de vous." au risque pour le Groupe de devoir effectivement trouver les emplois promis... Tout est bien qui finit bien, M. Klur signe un contrat au Carrefour le plus proche de chez lui et ils peuvent rester dans leur maison, c'est au champagne Moët et Chandon, cadeau gracieux de M. Arnaud que toute l'équipe fête la victoire arborant d'ironiques t-shirts"I love Bernard".

 

A la fin de la séance, la première réaction à chaud est celle de l'empathie et de la crainte : "M. Klur a-t-il conservé son travail ?" Patrice Leroux, animateur de cette soirée répond que non seulement il l'a conservé mais qu'en plus il possède le CDI le plus intouchable de France, grâce sans doute au succès répercutant du documentaire. Certes, M. Klur a obtenu le saint Graal mais qu'en est-il des nombreux autres abandonnés au pas de la porte de l'usine désaffectée ? Il ne faut peut-être pas voir dans ce film l'exemple de la seule et unique forme de lutte sociale possible aujourd'hui mais peut-être est-ce une manière de rendre plus "sexy" la lutte des classes et sinon plus de mettre à jour les causes d'une précarisation massive de la population française : la délocalisation et les inter-connections entre le monde de la finance et celui de la politique.

Un film qui bouleverse le déroulement de la soirée

 

Comme il est habituel de le faire lors des soirées France Insoumise, les animateurs proposent aux personnes dans la salle de se regrouper en petits groupes de travail pour repenser notamment les formes de lutte sociale. Or, une atmosphère lourde s'est installée dans la salle malgré la légèreté de tonalité du film et un sentiment d'impuissance face aux magnats du Capital se fait entendre : "A quelques jours du 1er tour, est-ce le temps de faire encore des groupes de réflexion sur cette thématique ? Ne faut-il pas au contraire faire de la politique ? On a écouté Fillon hier soir, on est mal ! Où sont vos candidats ? On veut les voir. " s'exclame un insoumis.

Cédric Ruffié, candidat titulaire France Insoumise était justement dans la salle, Yhlem Dekkiche, sa binôme, quant à elle préparait l'arrivée de son petit insoumis et ne pouvait à ce titre se déplacer. Il en a profité pour rappeler les fondements de la France Insoumise : un mouvement citoyen qui ne veut plus des politiques politiciennes et qui fait de la réflexion le cœur de son existence. Le programme n'est pas arrêté et le contenu de la VIème République non plus. Pour cela, il est nécessaire d'impliquer directement le peuple dans le processus, pour les Présidentielles comme pour les Législatives.

 

"Quand je serai élu, pour mettre en place le programme, il ne faudra surtout pas que vous attendiez que ça "tombe d'en haut". Ce sera aux insoumis de continuer la coordination, et d'inciter chaque citoyen, insoumis ou pas, à s'impliquer dans le processus démocratique. Autant je serai le garant de ce que va dire Jean Luc Mélenchon, mais moi ? Qui va me surveiller ? Le peuple ! Les groupes de travail font partie de notre manière de faire. C'est une manière très différente mais les gens qui ont essayé, se rendent compte que la politique n'est pas un gros mot. C'est ce que j'entends à la fin de nos réunions publiques. Car faire un groupe et réfléchir ensemble c'est déjà un acte politique."

Et si se retrouver dans une salle, s'écouter et discuter ensemble n'était pas déjà une forme de lutte contre la division du peuple qui sert les intérêts des puissants ?

 

La soirée s'est donc poursuivie autour de divers débats lancés à l'initiative des citoyen.n.e.s : réflexions sur la démocratie locale et notamment sur l'absence totale de panneaux destinés à l'affichage libre dans la commune de Nieul Sur Mer, sous prétexte de ne pas "déranger" la population, au prix d'une mise entre parenthèses de la libre expression, les retours d'expériences de tractage de certain.e.s, le constat d'une colère sociale avec notamment les événements de Guyane.

 

Même si des groupes de travail n'ont pu être organisés ce soir-là, l'écoute attentive de chacun, l'envie commune de modifier ce système de Monarchie Présidentielle et par extension des élu.e.s locaux, de pouvoir discuter et se retrouver, reconnaître dans l'autre des intérêts communs, se voir comme une force agissante et pensante a remonté le moral des troupes. Et si lutter, c'était avant tout prendre conscience de notre propre légitimité à le faire ? Merci Patron...

 

Une insoumise.

Pour aller plus loin, revoir l'émission "Esprit de campagne spéciale Luttes Sociales" diffusé sur Youtube le vendredi 24 mars :

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