L'égalité femmes - hommes en entreprise : acquis, menace, combat ?

Jeudi 9 mars à 18h30 se tenait à Sup de Co La Rochelle une conférence ouverte au public sur « L’égalité hommes / femmes en entreprise » dans le cadre de la 8ème édition Des Elles coordonnée par le Collectif Actions Solidaires et la ville en ce mois de lutte pour les droits des femmes. Cédric et Yhlem ont pris place dans le grand amphi rempli aux trois quarts de jeunes hommes et femmes et ont assisté, réagi aux nombreuses problématiques soulevées par cet enjeu socio-économique majeur de notre XXIème siècle naissant. 

 

Trois femmes étaient invitées à prendre la parole sur ce sujet piquant : Cécile Vanderkelen, Présidente Directrice Générale de la Scop (Société coopérative et participative) RC2C, agence de communication globale, Salomée Ruel, élue de l’agglomération de La Rochelle et enseignante chercheuse travaillant sur l’égalité femmes – hommes pour la ville ainsi que Margot Laplaine, étudiante en études de genres et stagiaire à la Mairie. 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes...

 

La conférence s’est ouverte sur le constat encourageant pour certains, peu reluisant pour d’autres d’une France positionnée au 22ème rang des écarts de salaires dans le monde. L’observatoire des inégalités rapporte en effet le chiffre des 17 % manquants aux femmes en 2013 pour atteindre l’égalité salariale, écart qui s'est même creusé puisque nous constatons aujourd'hui un recul à 19%. Les chiffres qui seront exposés tout au long de la conférence iront dans le sens d’un constat accablant pour une France qui ne compte que 10 % de femmes dirigeantes d’entreprises, une seule au CAC 40, 17 % de « top managers », la fonction publique territoriale montrant assez mal l’exemple car si elle compte 61 % de femmes dans ses effectifs, on ne les retrouve presque plus parmi les élus (les hommes étant présents à 83 % dans les présidences des Conseils Généraux, à 90 % des présidences départementales, à 92 % communautaires et occupent à 86 % les postes de Maires).

Les Scop (Sociétés coopératives et participatives), un espoir pour l'égalité ?

 

Cécile Vanderkelen se pose d’emblée en contre-exemple, ils sont rares et méritent l’attention. Devenue cheffe d’entreprise suite à une cessation, par l’ancien dirigeant, à ses employés de RC2C, une société à dominante masculine, elle se targue aujourd’hui d’avoir atteint dans ses effectifs la parité réelle. Elles sont en effet 25 % à diriger des Scop, constat qui montre que la parité est un réel souci des salariés. L’entreprise était déjà engagée, du temps de l’ancien PDG, dans un projet de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), dispositif sur la base du volontariat mais c’est par la discussion et notamment avec ses employés masculins que Cécile est parvenue à inscrire comme naturel la présence féminine dans son entreprise : "Si ça avait été ta femme qui était enceinte et à la recherche d'un emploi, tu aurais été très heureux d'apprendre son embauche en CDI", exemple d'argument qu'elle a pu mettre en avant.

 

Avoir une femme comme cheffe de l'entreprise et notamment solidaire et coopérative où les valeurs souvent associées à une figure féminine de la bienveillance, de l'empathie, sont encouragées à l'instar du "management guerrier", semble être un moteur de progrès pour la parité.

 

Devenir dirigeante n’a pourtant pas été si aisé pour Cécile. Accorder vie familiale et professionnelle, renoncer en partie à ces tâches dites féminines que sont notamment l’éducation des enfants, sont autant d’injonctions paradoxales qui pèsent sur les femmes d’aujourd’hui désireuses de s’épanouir professionnellement. "Lors de réunions avec mes homologues masculins, j'étais le plus souvent la seule femme. (...) A la maison, mes enfants ne comprenaient pas mes absences." Perte de confiance, culpabilité, aspirations que l'on pense paradoxales sont les maux de la femme de "pouvoir". 

 

 

 

 

A qui la faute ?

 

Les deux intervenantes suivantes rappellent, à juste titre, le rôle essentiel des stéréotypes dans ces places accordées aux femmes en entreprise. Salomé Ruel, en charge de la délégation de la ville de La Rochelle pour l'égalité femmes - hommes, souligne la disparité flagrante dans les postes occupés en fonction du genre dans la fonction publique territoriale. L'éducation joue alors son rôle essentiel. Même au travail, la femme continue d'être perçue comme une figure maternelle, bienveillante, protectrice dès lors que les hommes occupent, dans la fonction publique, des postes tournés vers l'aménagement de la ville, la sécurité, en somme l'espace extérieur. Margot Laplaine, qui étudie le genre à l'université, met en exergue les différentes études menées sur ce sujet. Lorsque les femmes ont pu accéder à l'école, les enseignements étaient différenciés et notamment avec les écoles ménagères. Cette vision de la femme gardienne du foyer et occupant peu l'espace extérieur se vérifie encore aujourd'hui dans les cours d'écoles où les petites filles s'installent presque automatiquement dans les recoins, sous les préaux. Pour illustrer ce point, l'Observatoire des inégalités a publié en 2013 une étude édifiante.

 

Ces problématiques de genre montrent dès lors que la place de la femme en entreprise n'est pas qu'une simple question de manque de confiance naturel du sexe féminin mais qu'elle résulte d'une vision patriarcale de notre société encore très ancrée. 

A l'inverse, quelle place pour les hommes au sein du foyer ?

 

Ce carcan de la femme chargée de l'éducation des enfants dont elle a bien du mal à se défaire ou à accorder avec le monde de l'entreprise, est à relier avec la question du temps partiel et de la précarité. Elles sont 30% à travailler à temps partiel, le plus souvent subi (en particulier dans les familles monoparentales), contre 7% pour leurs collègues masculins. 80% des mères de famille estiment manquer de temps pour accomplir leur double vie professionnelle et personnelle.

L'égalité de principe face à l'embauche est un acquis mais les inégalités de faits témoignent que de nombreux combats restent à mener. L'égalité salariale est encore montrée comme une menace pour l'économie du pays car les femmes représentent une masse salariale précaire, à moindre coût. Ces interventions mettent en évidence que d'une part, il existe une réelle envie pour les femmes de s'investir professionnellement mais que d'autre part, les vides juridiques qui existent encore (le projet de loi sur l'égalité réelle de 2014 n'a toujours pas abouti et les entreprises ne sont pas encore sanctionnées pour leur non respect de la parité), le poids des stéréotypes qui conditionnent hommes et femmes à assumer tel ou tel rôle dans la société sont autant de freins aux avancées en matière d'égalité. L'équité, l'égalité femmes - hommes ne semble pouvoir être atteinte que par une implication des hommes et des femmes par l'éducation à ce projet et des lois qui encadrent davantage le monde de l'entreprise. 

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Télécharger le livret de la France Insoumise : "Egalité femmes - hommes : abolir le patriarcat"
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